L’apport-cession prévu à l’article 150-0 B ter du Code général des impôts constitue un outil majeur de réorganisation patrimoniale pour les dirigeants et actionnaires de sociétés. Il permet, sous conditions, de placer en report d’imposition la plus-value constatée lors de l’apport de titres à une société holding contrôlée par l’apporteur. Ce mécanisme est fréquemment envisagé avant la vente d’une entreprise, notamment lorsque le chef d’entreprise souhaite réinvestir le produit de cession dans de nouveaux projets économiques plutôt que percevoir immédiatement les liquidités à titre personnel.
Le report d’imposition n’est toutefois ni une exonération définitive ni une simple formalité. Il repose sur des règles précises concernant le contrôle de la holding, la cession ultérieure des titres apportés, les modalités de réinvestissement et les obligations déclaratives annuelles. Une mauvaise anticipation peut entraîner l’expiration du report et l’imposition immédiate de la plus-value, majorée le cas échéant d’intérêts de retard. Cet article détaille le fonctionnement de l’apport-cession 150-0 B ter, ses intérêts, ses risques et les bonnes pratiques à adopter avec l’aide de professionnels compétents.
Qu’est-ce que le dispositif d’apport-cession 150-0 B ter ?

L’article 150-0 B ter du Code général des impôts encadre le report d’imposition applicable lorsqu’une personne physique apporte des titres d’une société à une autre société qu’elle contrôle. Dans une opération classique, un associé apporte les actions ou parts sociales de son entreprise opérationnelle à une holding. En contrepartie, il reçoit des titres de cette holding, et non un prix versé en numéraire. L’apport fait naître une plus-value si la valeur des titres apportés dépasse leur prix ou valeur d’acquisition.
Sans mécanisme particulier, cette plus-value serait normalement taxable dès l’année de l’apport. Le régime de l’article 150-0 B ter permet de différer cette taxation : la plus-value est alors placée en report d’imposition. Le contribuable ne paie donc pas immédiatement l’impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux correspondants. Le report demeure tant qu’aucun événement mettant fin au régime ne survient.
Une opération distincte de la vente des titres
Il est essentiel de distinguer l’apport et la cession. Lors de l’apport, l’associé transfère juridiquement ses titres à la holding et reçoit en échange des titres de cette dernière. La holding devient propriétaire des titres apportés. Dans un second temps, elle peut conserver les titres de la société opérationnelle, participer à son développement ou les vendre à un acquéreur. C’est cette cession ultérieure par la holding qui rend le dispositif particulièrement stratégique.
Par exemple, un dirigeant détient 100 % d’une PME valorisée 3 millions d’euros. Ses titres ont été acquis ou souscrits pour 50 000 euros. Il apporte ses actions à une holding qu’il contrôle. La plus-value d’apport s’élève théoriquement à 2,95 millions d’euros. Grâce au report d’imposition, cette somme n’est pas taxée immédiatement. Si la holding revend ensuite la PME, les liquidités de la vente peuvent être affectées à des investissements répondant aux conditions légales.
Les acteurs concernés par le report
Le dispositif vise principalement les personnes physiques résidentes fiscales de France, mais il peut aussi concerner certains contribuables relevant de régimes assimilés. Il s’adresse notamment aux dirigeants, fondateurs, investisseurs familiaux et associés significatifs souhaitant structurer la détention de leurs participations via une holding.
- L’apporteur est la personne physique qui remet ses titres à la holding.
- La société apportée est l’entreprise dont les titres sont transférés à la holding.
- La société bénéficiaire de l’apport est généralement une holding, française ou étrangère sous certaines conditions.
- La holding peut être animatrice, passive ou devenir une structure d’investissement, selon le projet patrimonial et économique poursuivi.
L’opération doit être préparée avant la signature d’un engagement de vente trop avancé. Lorsque la vente apparaît déjà certaine au moment de l’apport, l’administration fiscale peut examiner la chronologie, la substance économique de l’opération et l’existence éventuelle d’un abus de droit. La cohérence entre le projet de holding, les décisions prises et la réalité des investissements futurs est donc déterminante.
Quelles sont les conditions du report d’imposition en 150-0 B ter ?
La première condition fondamentale est le contrôle de la société bénéficiaire de l’apport par l’apporteur. Ce contrôle est apprécié à la date de l’apport. Il peut être exercé seul ou avec certaines personnes, notamment le groupe familial au sens fiscal. L’objectif du législateur est clair : le report vise les réorganisations dans lesquelles l’associé conserve une maîtrise réelle de la structure qui reçoit les titres.
Le contrôle peut résulter de la détention de la majorité des droits de vote ou des droits dans les bénéfices sociaux. Il peut également être caractérisé lorsque l’apporteur dispose, de fait, du pouvoir de décision dans la société bénéficiaire. L’analyse dépend de la répartition du capital, des statuts, des pactes d’associés, des droits de vote doubles et de la gouvernance effective. Une détention minoritaire ne fait donc pas automatiquement obstacle au contrôle, mais elle requiert une analyse juridique approfondie.
Les titres et la société bénéficiaire
Les titres apportés peuvent être des actions, des parts sociales, des droits démembrés dans certains cas ou des valeurs mobilières assimilées. La holding bénéficiaire doit être soumise à l’impôt sur les sociétés, ou à un impôt équivalent si elle est établie dans un État de l’Union européenne ou dans un État ayant conclu avec la France une convention d’assistance administrative.
Dans la pratique, la holding est souvent constituée peu avant l’apport. Elle peut aussi être une société existante, à condition que la structuration conserve un intérêt économique et respecte les conditions du régime. Les apports peuvent être réalisés lors de la constitution de la holding ou à l’occasion d’une augmentation de capital. Une prime d’apport peut être prévue afin de refléter précisément la valeur économique des titres transférés.
La valorisation des titres apportés
La valeur retenue pour l’apport est déterminante, car elle sert à calculer la plus-value placée en report. Une valorisation excessive peut susciter un contrôle fiscal, tandis qu’une valorisation trop faible peut désavantager l’apporteur ou créer des difficultés entre associés. Le recours à un expert-comptable, un conseil en fusions-acquisitions, un commissaire aux apports lorsque sa désignation est nécessaire, ou un évaluateur indépendant est souvent recommandé.
La valeur doit être justifiée par des éléments objectifs : comptes annuels, prévisions d’activité, carnet de commandes, comparables sectoriels, méthode des flux de trésorerie actualisés, multiple d’EBITDA, valeur patrimoniale ou offre reçue d’un acquéreur. Lorsque la cession intervient peu après l’apport, le prix de vente négocié représente naturellement un indice significatif de valeur, sans être le seul élément à considérer.
| Élément | Apport de titres à une holding contrôlée | Vente directe des titres par l’associé |
|---|---|---|
| Imposition de la plus-value | Placée en report sous conditions | Due l’année de la cession |
| Produit de cession | Perçu par la holding après la vente | Perçu directement par le vendeur personne physique |
| Réinvestissement économique | Peut être requis en cas de vente rapide | Libre, après paiement de l’impôt |
| Objectif principal | Réorganiser et réemployer le capital professionnel | Monétiser personnellement une participation |
| Risque principal | Fin du report si les conditions cessent d’être remplies | Fiscalité immédiate sur la plus-value |
Comment fonctionne le report lors de la cession des titres apportés ?

Le point central du régime concerne le devenir des titres apportés. Si la holding conserve ces titres, le report d’imposition continue en principe de s’appliquer. En revanche, lorsque la holding les cède dans un délai de trois ans suivant l’apport, le maintien du report est subordonné à un réinvestissement économique du produit de cession. Cette règle évite qu’un contribuable utilise une holding uniquement pour vendre rapidement son entreprise tout en différant sans contrepartie la taxation de sa plus-value personnelle.
Le délai de trois ans est calculé entre la date de l’apport et la date de cession des titres par la holding. Une vente intervenue au-delà de ce délai ne déclenche pas, en principe, l’obligation de réemploi prévue pour les cessions rapides. Cela ne signifie pas que tous les risques disparaissent : le contribuable doit toujours respecter les obligations déclaratives et surveiller les événements susceptibles de mettre fin au report.
Le réinvestissement d’au moins 60 % du produit de cession
En cas de cession dans les trois ans, la holding doit réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans un délai de deux ans à compter de la cession. Le produit de cession s’apprécie généralement sur la base des sommes effectivement encaissées par la holding. Les modalités de calcul doivent être vérifiées avec soin en présence de compléments de prix, de séquestres, de crédits-vendeurs, de garanties d’actif et de passif ou de paiements échelonnés.
Illustrons cette obligation. Une holding revend les titres apportés pour 4 millions d’euros dix-huit mois après l’apport. Elle doit, dans le délai de deux ans, affecter au moins 2,4 millions d’euros à des investissements éligibles. Les 1,6 million d’euros restants peuvent être conservés en trésorerie, servir à rembourser une dette ou être affectés à d’autres usages, sous réserve des autres règles applicables. Si seulement 2 millions d’euros sont réinvestis dans des actifs éligibles, le seuil de 60 % n’est pas atteint et le report est susceptible de prendre fin.
Les investissements éligibles au réemploi
Le réinvestissement doit financer une activité économique répondant aux exigences du texte. Il peut notamment prendre la forme d’un investissement dans une société exerçant une activité commerciale, industrielle, artisanale, libérale, agricole ou financière, à l’exclusion en principe de la simple gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier. Le réemploi peut aussi concerner l’acquisition d’une fraction du capital d’une société lorsque cette acquisition confère le contrôle de cette société.
- La souscription au capital initial ou à une augmentation de capital d’une société opérationnelle peut être éligible.
- L’acquisition de titres d’une société opérationnelle peut être admise lorsqu’elle aboutit à une prise de contrôle.
- Le financement de moyens permanents d’exploitation affectés à une activité éligible peut entrer dans le réemploi.
- La souscription de parts ou actions de certains fonds de capital-investissement peut être retenue si les quotas et délais d’investissement prévus sont respectés.
Le simple placement de trésorerie sur un compte bancaire, un contrat de capitalisation, des obligations, des actions cotées détenues de manière passive ou un portefeuille financier classique ne répond pas, à lui seul, à l’objectif de réinvestissement économique. La holding doit pouvoir démontrer la nature des actifs acquis, les flux financiers, les dates d’investissement et le caractère éligible de chaque opération.
Quels réinvestissements privilégier après une apport-cession ?
Le choix du réinvestissement doit être guidé par le projet de l’entrepreneur, son horizon de placement, son niveau de risque et les contraintes du 150-0 B ter. Réinvestir ne consiste pas seulement à atteindre un pourcentage réglementaire : il s’agit d’allouer un capital parfois important dans des opérations créatrices de valeur et suffisamment documentées pour résister à une analyse fiscale.
Une holding peut investir directement dans une nouvelle entreprise, acquérir une cible via une opération de croissance externe, prendre le contrôle d’une société existante ou souscrire au capital d’entreprises non cotées. Cette stratégie convient souvent aux dirigeants expérimentés souhaitant rester actifs dans l’économie réelle. Elle implique néanmoins une capacité à analyser les dossiers, à négocier les garanties, à suivre les participations et à accepter une liquidité plus faible.
L’investissement direct dans une société opérationnelle
L’investissement direct permet à la holding de participer au développement d’une entreprise. Il peut s’agir d’un rachat de PME, d’une prise de contrôle dans une société familiale, d’une acquisition dans un secteur complémentaire ou de la création d’une nouvelle activité. Pour être sécurisée, l’opération doit reposer sur une activité véritablement opérationnelle et non sur une structure essentiellement patrimoniale.
Avant de signer, il convient d’étudier les comptes, la dépendance à certains clients, les contrats de travail, le passif social et fiscal, la propriété intellectuelle, les besoins de financement et les perspectives de marché. Une lettre d’intention, une audit d’acquisition et un pacte d’associés peuvent encadrer l’investissement. La holding doit conserver l’ensemble des documents prouvant la date et le montant du réemploi.
Les fonds de capital-investissement
Le recours à des fonds spécialisés peut convenir à un apporteur qui ne souhaite pas gérer directement plusieurs sociétés. Certains véhicules de capital-investissement sont susceptibles d’être éligibles, à condition de respecter les règles propres au régime, notamment les quotas d’investissement dans des sociétés opérationnelles et les durées minimales de conservation. La réglementation applicable aux fonds évolue : il est indispensable de vérifier l’éligibilité du véhicule avant toute souscription.
Cette solution apporte diversification et délégation de la sélection des entreprises, mais elle implique des frais, une durée de blocage parfois longue et une incertitude sur la performance. Le souscripteur doit analyser la stratégie du fonds, le millésime, les appels de fonds, les frais de gestion, les commissions de surperformance et les conditions de liquidité. Il doit également vérifier que le calendrier de souscription permet de respecter le délai de réemploi de deux ans.
La nécessité de conserver les actifs réinvestis
Les investissements réalisés dans le cadre du réemploi doivent en principe être conservés pendant une durée minimale de douze mois. Cette obligation vise à éviter les investissements purement temporaires ou artificiels. Une revente trop rapide peut remettre en cause le maintien du report, sauf cas particuliers prévus par les textes, notamment lorsque le produit de cession est lui-même réinvesti dans les conditions requises.
Une stratégie prudente consiste à établir dès l’origine un plan d’emploi des fonds : montant cible, catégories d’investissements, échéances, réserves de liquidité et responsables de la décision. G2E Assistance peut notamment accompagner les dirigeants dans la structuration administrative de leur dossier, la coordination avec les conseils juridiques et comptables, ainsi que le suivi documentaire indispensable à la sécurisation de l’opération.
Quel est l’intérêt fiscal et patrimonial du report d’imposition ?

Le principal intérêt du report d’imposition est de ne pas décaisser immédiatement l’impôt correspondant à la plus-value d’apport. Cette disponibilité financière permet à la holding de mobiliser une base d’investissement plus élevée. Dans une vente directe, l’associé reçoit le prix de cession mais doit acquitter l’impôt sur la plus-value. Dans une apport-cession respectant les règles, la holding perçoit le produit de la vente et peut réinvestir une part substantielle de ce capital avant que la fiscalité personnelle de l’apporteur ne soit exigible.
À titre indicatif, la fiscalité des plus-values mobilières est souvent appréhendée au regard du prélèvement forfaitaire unique, auquel peuvent s’ajouter des situations particulières selon l’option au barème progressif, les abattements historiques éventuellement applicables ou la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Le gain de trésorerie procuré par le report peut donc être significatif. Pour une plus-value de 2 millions d’euros, le montant différé peut représenter plusieurs centaines de milliers d’euros.
Une logique de réemploi et non de consommation personnelle
Le régime est particulièrement pertinent pour un entrepreneur qui veut poursuivre une activité d’investisseur ou de chef d’entreprise. Il permet de transformer la valeur accumulée dans une société opérationnelle en portefeuille de participations, sans faire sortir immédiatement le capital dans la sphère personnelle. La holding peut financer plusieurs projets, constituer une plateforme de reprise d’entreprises ou soutenir des sociétés en croissance.
En revanche, le dispositif est moins adapté lorsque le cédant souhaite principalement utiliser le prix de vente pour financer son train de vie, acheter une résidence principale ou distribuer rapidement les liquidités. Une distribution de dividendes par la holding au profit de l’associé déclenche sa propre fiscalité et ne constitue pas un réemploi éligible. Le report de la plus-value d’apport n’efface pas non plus l’imposition future liée à cet événement.
Une protection à nuancer selon les objectifs
Le report peut durer longtemps, voire jusqu’à certains événements ultérieurs affectant les titres de la holding ou la situation de l’apporteur. Il procure ainsi une souplesse de gestion patrimoniale. Toutefois, l’apporteur reste exposé aux évolutions législatives, aux performances des investissements et aux contraintes de conservation. Le montage ne doit jamais être choisi uniquement pour son avantage fiscal apparent.
Une comparaison chiffrée incluant les frais de constitution de holding, les coûts juridiques, la comptabilité annuelle, les frais de gestion et les besoins personnels de liquidité permet d’évaluer l’intérêt réel du projet. Une holding implique des obligations de gouvernance, la tenue d’une comptabilité et des déclarations fiscales propres. Son coût de fonctionnement doit rester proportionné au capital géré et à la stratégie retenue.
Quand le report d’imposition prend-il fin ?
Le report d’imposition n’est pas définitif. Il expire lorsque survient l’un des événements prévus par la loi. L’un des cas les plus fréquents concerne la cession, le rachat, le remboursement ou l’annulation des titres de la holding reçus en rémunération de l’apport. Lorsque l’apporteur vend ses titres de holding, la plus-value qui avait été placée en report devient en principe imposable, en même temps que l’éventuelle plus-value réalisée sur les titres de holding eux-mêmes.
Le report peut aussi prendre fin si la holding cède les titres apportés dans les trois ans sans respecter l’obligation de réinvestissement de 60 % du produit de cession dans le délai imparti. Le non-respect du seuil, la réalisation d’un investissement non éligible ou la cession prématurée des actifs réemployés peuvent être lourds de conséquences.
Les événements à surveiller attentivement
- La vente ou le rachat des titres de la holding par l’apporteur.
- La cession par la holding des titres apportés moins de trois ans après l’apport, sans réemploi conforme.
- Le transfert du domicile fiscal hors de France dans certaines situations, notamment au regard des règles d’exit tax.
- La donation, la succession ou certaines restructurations affectant les titres, qui nécessitent une étude spécifique.
- Le non-respect de la durée de conservation des actifs acquis dans le cadre du réinvestissement.
La donation des titres de holding peut, sous conditions, permettre le maintien du report chez le donataire. Cependant, les règles sont techniques et imposent souvent au bénéficiaire de conserver les titres ou de respecter certaines obligations si une cession intervient. Une transmission familiale doit donc être préparée avec un notaire et un conseil fiscal afin d’éviter une remise en cause involontaire.
Les conséquences financières d’une fin de report
Lorsque le report expire, la plus-value d’apport devient imposable au nom de l’apporteur au titre de l’année de survenance de l’événement. L’impôt porte sur la plus-value calculée à la date de l’apport, selon les règles applicables à cette plus-value. Il ne faut pas confondre cette imposition avec celle de la plus-value éventuellement générée par la cession des titres de holding.
Un défaut de suivi peut donc conduire à une double vigilance fiscale : la plus-value en report, d’une part, et la fiscalité des opérations réalisées par la holding ou par l’associé, d’autre part. Anticiper une cession, une donation, un déménagement à l’étranger ou une distribution importante plusieurs mois à l’avance permet de mesurer les impacts et d’ajuster la stratégie.
Comment déclarer une plus-value en report d’imposition ?
Le report d’imposition doit être déclaré dès l’année de l’apport, puis suivi chaque année tant qu’il subsiste. Le contribuable doit renseigner les déclarations et annexes prévues par l’administration fiscale pour les plus-values mobilières et les opérations relevant de l’article 150-0 B ter. Les imprimés, rubriques et notices peuvent évoluer ; il est donc prudent de se référer chaque année à la documentation fiscale en vigueur ou de confier cette mission à un professionnel.
La déclaration initiale doit identifier l’opération d’apport, la société bénéficiaire, les titres concernés, leur valeur, le montant de la plus-value placée en report et les éléments justifiant le contrôle de la holding. L’omission de cette information peut compromettre la sécurité du régime, même si les conditions économiques sont par ailleurs satisfaites.
Le suivi annuel de la plus-value reportée
Chaque année, le contribuable doit normalement reporter l’existence de la plus-value en report dans sa déclaration de revenus. Il doit conserver les justificatifs nécessaires : traité d’apport, procès-verbaux, statuts de la holding, rapport de valorisation, registre des mouvements de titres, attestations bancaires et documents de cession.
Lorsque les titres apportés sont vendus par la holding dans les trois ans, le dossier doit être enrichi des documents relatifs au réinvestissement : actes d’acquisition, bulletins de souscription, preuves de paiement, statuts des sociétés financées, analyse de leur activité et, s’il y a lieu, documents relatifs au fonds de capital-investissement choisi. Le suivi doit être chronologique et précis. Une comptabilité claire de la holding est un atout essentiel lors d’un contrôle.
Les bonnes pratiques déclaratives
Une organisation rigoureuse réduit fortement le risque d’erreur. Il est recommandé de créer un dossier dédié à l’apport-cession, accessible au dirigeant, à l’expert-comptable et aux conseils impliqués. Ce dossier doit être actualisé après chaque décision importante. Les échéances de trois ans, deux ans et douze mois doivent figurer dans un calendrier partagé.
- Conserver une copie signée de tous les actes juridiques et des rapports de valorisation.
- Archiver les relevés bancaires démontrant les dates exactes d’encaissement et de réemploi.
- Demander une analyse écrite de l’éligibilité des investissements les plus sensibles.
- Vérifier chaque année les rubriques déclaratives avant la validation de la déclaration de revenus.
- Anticiper les conséquences fiscales avant toute donation, cession ou restructuration de la holding.
En cas de doute sur une situation complexe, un rescrit fiscal peut parfois être envisagé. Il ne remplace pas une structuration solide, mais il peut contribuer à sécuriser certains aspects lorsque les faits sont précisément décrits et que l’opération projetée présente une difficulté d’interprétation.
Comment sécuriser une opération d’apport-cession avec des conseils adaptés ?
La réussite d’un apport-cession repose autant sur la préparation juridique et fiscale que sur la qualité des investissements effectués ensuite. L’opération doit être cohérente avec une stratégie économique réelle. Créer une holding à la veille d’une vente sans projet de réemploi, sans gouvernance organisée et sans documentation suffisante accroît le risque de contestation.
Un accompagnement pluridisciplinaire est généralement nécessaire. L’avocat fiscaliste analyse le régime applicable et les risques de remise en cause. L’avocat en droit des sociétés ou le notaire sécurise les actes, les statuts et les transferts de titres. L’expert-comptable organise la comptabilité de la holding, le suivi des flux et les déclarations. Le conseil patrimonial aide à articuler la stratégie professionnelle avec les besoins familiaux, successoraux et personnels.
Préparer le calendrier avant la vente
La chronologie est décisive. Idéalement, la réflexion sur la holding débute avant l’ouverture formelle des négociations de cession. Il faut définir la structure capitalistique, accomplir les formalités de constitution ou d’augmentation de capital, valoriser les titres, réaliser l’apport, puis organiser la vente par la holding. Chaque étape doit être matérialisée par des décisions et documents datés.
Il ne s’agit pas nécessairement d’attendre longtemps avant une vente, mais de prouver que l’apport répond à une logique autonome de structuration. La holding doit disposer d’une existence juridique réelle, d’un compte bancaire, d’une gouvernance et, selon le projet, de moyens adaptés. Une analyse de la situation avant toute lettre d’intention engageante est une précaution particulièrement utile.
Mettre en place un tableau de bord de conformité
Après la cession, la vigilance ne doit pas retomber. Un tableau de bord doit suivre le montant encaissé, le seuil de 60 %, les investissements réalisés, les montants restant à employer, les dates limites et la durée de conservation de chaque actif. Cette méthode évite d’attendre les dernières semaines du délai de deux ans pour rechercher dans l’urgence un investissement éligible.
G2E Assistance peut intervenir dans une logique d’organisation et de coordination autour de l’entrepreneur, en facilitant le suivi administratif des décisions, des pièces et des échéances. Cette assistance ne se substitue pas au conseil juridique ou fiscal réglementé, mais elle contribue à fiabiliser la gestion documentaire d’un dispositif exigeant. Le dirigeant conserve ainsi une vision claire de ses obligations et de l’avancement de son plan de réemploi.
Conclusion : faut-il recourir à l’apport-cession 150-0 B ter ?
L’apport-cession avec report d’imposition prévu par l’article 150-0 B ter peut constituer un levier puissant pour le dirigeant qui cède son entreprise tout en souhaitant conserver une capacité d’investissement professionnelle. Il permet de différer l’imposition de la plus-value d’apport et de réemployer les capitaux via une holding, à condition de respecter avec précision les règles relatives au contrôle, aux délais, au seuil de réinvestissement et à la conservation des actifs.
Ce régime doit toutefois être envisagé comme un projet économique global, et non comme une solution automatique de réduction fiscale. La stratégie doit être adaptée aux besoins de liquidité du cédant, à ses ambitions entrepreneuriales, à son horizon patrimonial et à son appétence au risque. Une préparation en amont, une valorisation sérieuse des titres, une documentation complète et un suivi annuel sont indispensables. Avant toute opération, il est recommandé de faire valider le schéma par des conseils qualifiés afin de sécuriser la chronologie, les investissements envisagés et les déclarations fiscales associées.
- L’apport de titres à une holding contrôlée place la plus-value en report d’imposition, mais ne l’exonère pas définitivement.
- Si la holding vend les titres apportés dans les trois ans, elle doit en principe réinvestir au moins 60 % du produit de cession dans un délai de deux ans.
- La sécurisation du dispositif repose sur une chronologie cohérente, des investissements éligibles, des justificatifs complets et un suivi déclaratif annuel.